
Il est des pages de l’histoire qu’aucun peuple ne devrait oublier.
Pendant des décennies, l’Afrique du Sud a vécu sous le joug de l’apartheid, un régime qui privait la majorité noire de ses droits fondamentaux. Face à cette injustice, l’Afrique n’est pas restée silencieuse. Des pays comme la Tanzanie, la Zambie, le Mozambique, l’Angola, le Botswana et bien d’autres ont ouvert leurs frontières aux militants sud-africains, accueilli des réfugiés, offert un soutien politique et parfois payé un lourd tribut pour leur engagement.
À travers le continent, des voix se sont élevées pour réclamer la fin de l’apartheid. Les peuples africains ont considéré que la souffrance des Sud-Africains était aussi la leur. Cette solidarité a contribué à maintenir vivant l’espoir jusqu’à l’avènement d’une Afrique du Sud libre et démocratique en 1994.
Aujourd’hui, les images d’agressions ou de menaces visant certains ressortissants africains vivant en Afrique du Sud suscitent une profonde émotion. Elles interrogent la mémoire collective de notre continent. Car si chaque État a le droit de faire respecter ses lois sur l’immigration, rien ne peut justifier que des hommes, des femmes ou des enfants soient pris pour cible en raison de leur nationalité.
L’immigration irrégulière est un défi réel qui mérite des réponses fermes, mais ces réponses doivent être apportées par les institutions de l’État, dans le respect de la loi et de la dignité humaine. La violence, la peur et la xénophobie ne résolvent aucun problème ; elles creusent les divisions et affaiblissent l’idéal d’une Afrique unie.
L’histoire de l’Afrique du Sud est celle d’un peuple qui a vaincu l’injustice grâce à la solidarité de tout un continent. C’est précisément pour cette raison que cette histoire invite aujourd’hui à rejeter les discours de haine et à privilégier le dialogue, la justice et le respect de l’autre.
L’Afrique ne demande pas à l’Afrique du Sud d’oublier ses défis. Elle lui demande simplement de se souvenir de son histoire. Car un peuple qui se rappelle les mains qui l’ont relevé est souvent celui qui tend la sienne lorsque d’autres traversent l’épreuve.
La grandeur d’une nation ne se mesure pas seulement à sa puissance économique. Elle se mesure aussi à sa capacité à protéger la dignité humaine, à faire respecter la loi sans renoncer à son humanité et à rester fidèle aux valeurs qui ont forgé son histoire.
Sokhna Mame Faty Mbaye




