POLITIQUE / SENEGAL, Quand le patriotisme devient un mot confisqué

27/07/2026 (lelegancetv)- Les nations ne meurent pas seulement sous les coups des armes. Elles peuvent aussi s’éteindre à petit feu lorsque la pensée unique remplace le débat, lorsque l’adoration d’un homme prend le pas sur le respect des institutions, et lorsque le désaccord est traité comme une trahison.
Une étrange équation semble gagner du terrain dans notre espace public : soutenir un leader ferait de vous un patriote ; le contredire ferait de vous un ennemi. Comme si l’amour d’une nation pouvait se résumer à une fidélité politique. Comme si la conscience d’un citoyen devait désormais recevoir un certificat de conformité délivré par un parti.
Cette logique est aussi séduisante qu’elle est dangereuse.
Car l’Histoire est implacable. Aucun peuple n’a grandi en réduisant ses citoyens au silence. Aucun État ne s’est renforcé en transformant chaque critique en complot, chaque contradiction en offense, chaque voix discordante en cible à abattre.
Le patriotisme n’est pas une récompense que distribuent les militants. Il n’est pas une médaille que l’on accroche au cou de ceux qui applaudissent. Il est un engagement envers une idée plus grande que tous les hommes : la République.
Aimer son pays, ce n’est pas aimer aveuglément ceux qui le dirigent. C’est exiger d’eux l’exemplarité lorsqu’ils gouvernent, les soutenir lorsqu’ils servent l’intérêt général et les interpeller lorsqu’ils s’en éloignent. Une démocratie où l’on ne peut plus contredire le pouvoir sans être insulté cesse peu à peu d’être une démocratie de citoyens ; elle devient une démocratie de supporters.
Le Sénégal a toujours été plus grand que ses alternances politiques. Plus grand que ses partis. Plus grand que ses dirigeants. Ce qui fait sa force, ce n’est pas l’unanimité ; c’est sa capacité à permettre à des citoyens de penser différemment tout en continuant à partager une même patrie.
Il est donc temps de sortir de cette dangereuse habitude qui consiste à distribuer des brevets de patriotisme et des certificats de trahison. Les convictions politiques passent. Les passions s’éteignent. Mais les blessures laissées par l’intolérance, elles, mettent longtemps à cicatriser.
Et retenons ceci : un leader n’est pas la Nation. Un parti n’est pas la République. Une majorité n’est pas la vérité.
Le véritable patriote n’est pas celui qui applaudit le plus fort. C’est celui qui, même lorsque le silence lui serait plus confortable, choisit de défendre la vérité, la justice et l’intérêt du Sénégal avant les intérêts de son propre camp.
Car les hommes passent, les partis passent, les slogans passent… mais le Sénégal, lui, doit rester au-dessus de tous.

Sokhna Mame Faty Mbaye

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