
Alors que le sommet de l’État vacille sous l’effet de la dislocation du PASTEF et de la naissance des Patriotes Républicains Kiiraay de Bassirou Diomaye Faye, la commune de Kaolack se transforme en un féroce laboratoire électoral. Entre l’émergence d’une troisième voie et les ambitions de second mandat du maire Serigne Mboup, la capitale du Saloum subit le cynisme des appareils politiques. Décryptage au cœur d’une municipalité où l’urgence de l’assainissement et la détresse du Grand Marché restent systématiquement sacrifiés sur l’autel des guerres de palais.
À l’approche des prochaines échéances électorales, la commune de Kaolack offre, une fois de plus, le spectacle affligeant d’une cité prise en otage par les calculs froids de politiciens professionnels. Alors que le sommet de l’État vacille sous l’effet d’une guerre des ego délocalisée de Dakar, la capitale du Saloum subit de plein fouet les répliques de ce séisme. La dislocation officielle du PASTEF, le lancement opportuniste du parti présidentiel Les Patriotes Républicains Kiiraay par Bassirou Diomaye Faye, et l’émergence d’une troisième voie transforment la commune en un champ de bataille féroce. Une question de dignité citoyenne se pose désormais : combien de temps encore les Kaolackois accepteront-ils d’être le bétail électoral de leaders nationaux qui oublient la ville dès le lendemain des scrutins ?
Khakhoum, Thioffac, Koutal : Le naufrage récurrent de l’assainissement
Pendant que les nouveaux états-majors politiques se disputent les faveurs des électeurs dans les salons de Ndorong, de Medina Baye ou de Léona, la réalité factuelle de la commune est d’une violence inouïe pour ses habitants. Le bilan des infrastructures est indiscutable et accablant :
- Khakhoum, Thioffac et Koutal : Le réseau d’assainissement y est quasi inexistant. Le taux de raccordement aux égouts stagne sous la barre des 20 % à l’échelle communale. Lors de chaque hivernage, les eaux usées et pluviales envahissent les concessions, provoquant des vagues de déplacements et des risques sanitaires majeurs (paludisme, infections dermatologiques).
- Le Grand Marché : Deuxième poumon commercial du pays, il est à l’abandon. L’insécurité y est devenue chronique. L’absence de bouches d’incendie fonctionnelles et la vétusté des installations électriques ont causé plusieurs incendies dévastateurs ces dernières années, ruinant des centaines de pères et mères de famille sans qu’aucune indemnisation structurelle ne suive.
Le grand reniement : Des idéaux du PASTEF au business du « Kiiraay »
Sur le plan politique, le divorce entre Ousmane Sonko et le président de la République acte la fin d’une illusion. Le PASTEF, qui avait promis la rupture éthique et la fin de la politique-spectacle, s’est brisé sur l’autel du partage du pouvoir.
Pour contrer l’influence de son ancien mentor, le président Bassirou Diomaye Faye parachute à Kaolack sa nouvelle écurie : Les Patriotes Républicains Kiiraay. Sous couvert de ce mot d’ordre (le Kiiraay, ou protection en wolof), les émissaires du pouvoir sortent l’artillerie lourde, mêlant promesses de subventions étatiques de dernière minute et chantiers de façade. Face à ce cynisme, une troisième voie politique tente tant bien que mal de capitaliser sur la colère des déçus de la rupture, dénonçant une trahison pure et simple des engagements de 2024.
Serigne Mboup : Le bilan comptable d’un maire-homme d’affaires
Au centre de cette arène, le maire sortant, Serigne Mboup, tente de sauver son fauteuil pour un deuxième mandat. Élu sous la bannière indépendante de la dynamique And Nawlé, le patron du groupe CCBM fait face à un réveil brutal. Son approche, qu’il qualifiait de « managériale », est aujourd’hui contestée de toutes parts.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : malgré une hausse agressive des taxes municipales sur les commerçants du Grand Marché et les acteurs du secteur informel, l’investissement réel dans les services sociaux de base (éclairage public, accès à l’eau courante dans les périphéries) reste dérisoire. Ses opposants l’accusent ouvertement d’avoir géré la municipalité comme une filiale privée, favorisant les logiques de profit au détriment de l’équité sociale.
Une ville riche, une population appauvrie
Le paradoxe de Kaolack est insupportable. Idéalement située sur le corridor routier ouest-africain, la ville dispose d’un potentiel économique immense. Pourtant, le chômage des jeunes de moins de 25 ans y frôle les 40 %, et le projet de réhabilitation du port fluvio-maritime est bloqué depuis des décennies dans les tiroirs ministériels.
En se laissant séduire par les slogans creux des « Kiiraayistes », les invectives des fidèles de Sonko ou les promesses de gestion privée de Serigne Mboup, Kaolack court le risque de signer son propre arrêt de mort pour les cinq prochaines années. Le Saloum n’a plus besoin de sauveurs ou de managers ; il a besoin de comptes à rendre et de dignité.




