
Fils d’une famille originaire du Sine-Saloum, Babacar Bâ est né le 14 juin 1930 à Kaolack. Élève brillant, il obtient son baccalauréat à 18 ans, un exploit rare à l’époque, après avoir sauté deux classes. Il poursuit ses études au prestigieux Lycée Louis-le-Grand en France, avant d’intégrer l’École nationale de la France d’outre-mer (ENFOM), devenant l’un des premiers administrateurs civils sénégalais issus de cette institution.
Un haut fonctionnaire d’exception
Sa carrière administrative est marquée par des postes clés au sein de l’État sénégalais. Il est d’abord directeur de cabinet du président du Conseil Mamadou Dia, puis directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères Amadou Karim Gaye. Plus tard, il devient directeur de cabinet du président Léopold Sédar Senghor, avant d’être nommé secrétaire général de la présidence de la République.
En avril 1971, il est nommé ministre des Finances, succédant à Jean Collin. Pendant son mandat, il met en place des réformes qui favorisent l’émergence du secteur privé sénégalais, stimulant ainsi l’économie nationale. Il joue également un rôle déterminant dans les négociations ayant conduit à l’implantation du siège de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à Dakar. Son travail lui vaut une reconnaissance internationale, notamment de la part de Valéry Giscard d’Estaing, qui le qualifie de “meilleur ministre des Finances de l’Afrique”.
Un homme d’État influent mais écarté du pouvoir suprême
Sa stature politique et son influence grandissante inquiètent certains cercles du pouvoir, notamment ceux soutenant Abdou Diouf comme successeur de Senghor. Sa popularité auprès des chefs d’État étrangers, comme Félix Houphouët-Boigny, et sa gestion habile du ministère des Finances lui valent l’admiration de nombreux hommes d’affaires sénégalais. Cependant, un groupe de soutien à Diouf, mené par Jean Collin, Moustapha Niasse et Djibo Kâ, œuvre en coulisses pour l’écarter.
En mars 1978, il est déplacé aux Affaires étrangères, un poste prestigieux mais moins influent sur les finances du pays. Quelques mois plus tard, un incident diplomatique est utilisé comme prétexte pour le discréditer définitivement. Lors d’un comité central du Parti socialiste, il est poussé à la démission, ouvrant ainsi la voie à Abdou Diouf pour succéder à Senghor.
Un retrait temporaire avant un retour discret
Après son éviction du gouvernement, Babacar Bâ s’éloigne de la politique pendant plusieurs années. Il fait un retour discret à la fin des années 1990 en étant nommé vice-président du Sénat, fonction qu’il occupe jusqu’à l’alternance démocratique de 2000.
Un engagement durable pour Kaolack et l’agriculture
Originaire de Kaolack, il est resté attaché à sa ville natale et à la région du Sine-Saloum. Son action en tant que ministre des Finances a eu un impact direct sur l’économie locale, notamment en soutenant l’agriculture, en facilitant l’accès aux financements pour les paysans et en renforçant les infrastructures agricoles. Il a également contribué à la modernisation du secteur arachidier, pilier économique de la région.
Aujourd’hui encore, l’influence de Babacar Bâ se fait ressentir à Kaolack à travers la relance d’initiatives économiques, comme la réouverture de l’usine textile Domitexka. De plus, son héritage est célébré lors d’événements culturels et religieux, tels que la Ziara des disciples de Cheikh Babacar Bâ, renforçant les liens sociaux et spirituels de la région.
Un homme de famille et un héritage durable
Babacar Bâ s’est marié à trois reprises : d’abord avec Daba Ndiaye, puis avec Henriette Bathily, à qui est consacré le musée de la Femme Henriette-Bathily, et enfin avec Khady Sall, avec qui il passa les 20 dernières années de sa vie.
Il s’éteint à Dakar le 13 décembre 2006, après une courte maladie. Son décès suscite de nombreux hommages, saluant son intégrité, son engagement pour le développement du Sénégal et son rôle majeur dans l’économie et la politique du pays.




