
Originaire de la région de Louga, El Hadji Babacar Kébé, plus connu sous le nom de Ndiouga Kébé, a grandi à Kaolack, où son père, Mballo Kébé, maître coranique respecté, s’était installé avec sa famille. C’est dans cette ville qu’il développa très tôt son sens du travail, son esprit d’entreprise et son goût du partage.
Un entrepreneur audacieux et précurseur
Très jeune, Ndiouga Kébé fit preuve d’un remarquable sens des affaires. Avec ses frères Abdou Khadre et Ousmane Kébé, il fonda la société Kébé & Frères, basée à Kaolack. Grâce à sa rigueur et à sa vision novatrice, il bâtit une entreprise prospère, diversifiant ses activités dans le commerce, l’hôtellerie et l’immobilier.
Propriétaire de l’Hôtel Dior à Kaolack, il étendit rapidement ses investissements à Dakar, s’imposant comme l’un des pionniers de la modernisation urbaine du Sénégal.
Des symboles de réussite : les immeubles Kébé et Sokhena Anta
L’œuvre la plus emblématique de Ndiouga Kébé reste l’Immeuble Kébé, un gratte-ciel de 21 étages construit dans les années 1970, au cœur de Dakar, près du marché Sandaga. Longtemps considéré comme le plus haut immeuble du Sénégal, cet édifice demeure un symbole de son audace et de sa vision futuriste.
À ce monument s’ajoute l’Immeuble Sokhena Anta, baptisé du nom de sa mère, un autre joyau architectural de 16 étages, également situé à Dakar. Ces deux tours, parmi les plus imposantes de l’époque, témoignent de l’esprit novateur de Ndiouga Kébé et de sa volonté de hisser son pays à un niveau de modernité inédit.
Un patriote et un bâtisseur national
Au-delà du succès personnel, Ndiouga Kébé s’investit dans le développement du pays. Il fut cofondateur de la Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS), contribuant ainsi à démocratiser l’accès au logement.
À Kaolack, il laissa une empreinte durable avec la Cité Kébé, érigée à l’entrée de la ville, et par son important soutien à la Grande Mosquée. Son engagement pour le bien commun témoigne d’un profond attachement à sa terre natale.
Un homme de foi et de générosité
Profondément mouride, Ndiouga Kébé fut un homme de foi, de solidarité et de bienveillance. Il participa à la construction de plusieurs mosquées et soutint activement la communauté religieuse de Touba.
Durant la grande famine des années 1980, il se distingua par sa générosité en consacrant des millions de francs pour venir en aide aux populations démunies, confirmant son image d’homme au grand cœur
Un patrimoine exceptionnel
À la fin de la première décennie de l’indépendance, Ndiouga Kébé était considéré comme le premier milliardaire sénégalais. Visionnaire, il investit également à l’international, notamment à Paris, où il possédait :
• des immeubles sur l’Avenue Foch,
• des résidences près du Parc Monceau et du Bois de Boulogne,
• ainsi que plusieurs appartements de grand standing.
À son décès, survenu le 13 mars 1984, il laissa un patrimoine impressionnant comprenant :
• 36 villas,
• 9 complexes immobiliers,
• un hypermarché,
• et de nombreux biens au Sénégal et en Europe.
Un héritage qui perdure
El Hadji Babacar “Ndiouga” Kébé reste dans la mémoire collective comme un bâtisseur visionnaire, un patriote accompli et un bienfaiteur d’exception.
Les immeubles Kébé (21 étages) et Sokhena Anta (16 étages) demeurent des repères majeurs du paysage dakarois, symboles d’une époque et d’un génie entrepreneurial rare.
À Kaolack, la Cité Kébé et ses multiples actions sociales perpétuent le souvenir d’un homme qui a su allier travail, foi et amour du Sénégal




