
Le sida que l’on croyait en net recul refait surface dans notre pays. Le Sénégal se glorifiait, ces dernières années, d’une prévalence faible, estimée autour de 0,3 % de la population générale selon le Conseil national de lutte contre le sida (Cnls).
Mais ce virus perturbe de nouveau le sommeil des Sénégalais depuis le démantèlement d’un réseau accusé de transmission volontaire de la maladie, avec la complicité présumée de certains lobbies. Depuis, l’affaire est au cœur des discussions. Les esprits restent perdus et dubitatifs. Des parents s’inquiètent pour l’avenir de leurs filles, voire de leur état de santé. Ils craignent qu’elles n’épousent, ou n’aient déjà épousé à leur insu, un partenaire porteur du virus.
Il y a quelques années, des organisations de la société civile avaient pourtant plaidé pour l’institutionnalisation de la visite prénuptiale. Elles encourageaient les couples à effectuer une consultation médicale avant de s’unir. Mais, comme on leur prête parfois un agenda caché, leur plaidoyer est resté sans écho.
Or, selon les spécialistes, le test prénuptial permet non seulement d’évaluer l’état de santé des deux partenaires, mais aussi de dépister des infections transmissibles, offrant ainsi toutes les chances de bâtir un foyer solide et de préserver plusieurs générations. Il présente également l’avantage de détecter d’autres maladies.
Pour encourager les Sénégalais à franchir le pas, de nombreux médecins ont investi les réseaux sociaux. Ils vantent les vertus du test prénuptial, qu’ils présentent comme l’une des plus belles preuves d’amour et de responsabilité. Un message porteur de nouvelles dynamiques, au lendemain d’une Saint-Valentin particulièrement marquée par ces polémiques dans notre pays. Beaucoup de femmes expriment désormais la crainte de tomber amoureuses d’un homme qui ne le serait que de nom, même si elles reconnaissent l’existence de bisexuels.
Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui espèrent que les recommandations des organisations de défense des droits humains seront suivies d’actes concrets. Elles se sont longtemps heurtées au tabou du sexe et à la sacralisation de la confiance dans le couple sous nos cieux. Le test prénuptial s’avère être une véritable œuvre de salubrité publique, même s’il est perçu comme un aveu de suspicion.
Depuis 2007, des représentants de la société civile, des juristes et des professionnels de la santé tirent la sonnette d’alarme. Ils ont entamé l’étude d’une proposition de loi visant à encadrer le dépistage prénuptial du VIH. Ils exhortent les autorités compétentes, notamment les autorités civiles, coutumières et religieuses, à s’approprier ce combat visant le bien-être collectif.
En l’état actuel du droit, la législation sénégalaise ne prévoit pas de test obligatoire avant le mariage civil ou religieux. La loi n° 2010-03 du 9 avril 2010 relative au VIH/sida garantit le droit au dépistage volontaire et interdit le dépistage forcé, sauf décision judiciaire. Elle ne conditionne pas légalement, en termes simples, selon les experts, l’union au fait d’être testé ou d’obtenir un résultat particulier.
L’affaire de transmission volontaire, qui a remis en question certaines certitudes, pousse désormais plus d’un citoyen à la prudence. Beaucoup sont dans la perspective de développer de nouveaux réflexes de prévention. Ils prônent, de plus en plus, le bilan prénuptial qui offre la latitude de se prémunir également contre les méfaits des maladies héréditaires.
Par ailleurs, le dossier judiciaire qui tient en haleine le pays depuis quelques jours semble ébranler les fondements de notre société. Il a mis en lumière des réalités insoupçonnées par une frange importante de la population. Mais il oriente de plus en plus le regard vers les personnes souffrant de désordres du développement sexuel. L’hermaphrodisme, aujourd’hui désigné sous le terme d’intersexuation, a été remis au goût du jour.
Toujours est-il que cette actualité révèle la complexité de la nature humaine qui transcende parfois les normes sociales établies. Elle est encore plus complexe lorsque certaines personnes brisent des cœurs en s’engageant dans des unions qui ne correspondent pas à leur orientation. De belles phrases d’amour sont parfois au menu…
matel.bocoum@lesoleil.sn




