Vieillissement de la population : le Sénégal face à un double défi sanitaire et social

Le vieillissement de la population sénégalaise s’impose désormais comme un enjeu majeur de santé publique et de développement. C’est dans ce contexte que la Société Sénégalaise de Gériatrie et de Gérontologie (SSGG) a tenu les 7 et 8 novembre 2025 son premier congrès scientifique international à Dakar.

Placée sous le thème « Transition épidémiologique et démographique en Afrique », la rencontre a réuni des experts nationaux et internationaux autour de sous-thèmes essentiels : syndromes gériatriques, maladies neurodégénératives, pathologies cardiovasculaires et métaboliques, ainsi que les aspects psycho-sociaux et juridiques liés à la perte d’autonomie.

Un congrès pour alerter et agir

La cérémonie d’ouverture, présidée par Serigne Mbaye Secrétaire général du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, a donné le ton d’une réflexion engagée.

« Il nous faut accroître les capacités de prise en charge, confirmer la gratuité des soins pour les personnes âgées et développer la prise en charge à domicile. Nos aînés doivent bénéficier de soins de qualité où qu’ils se trouvent », a-t-il déclaré.

Le représentant du ministère a également insisté sur la solidarité communautaire.

« Les personnes âgées ont besoin du soutien des autorités mais aussi de la communauté. Chacun doit se sentir concerné car tôt ou tard, nous serons tous confrontés à cette étape de la vie ».

Un double défi de santé publique et de développement

Pour le Pr Amadou Koumé gériatre et président de la SSGG, le Sénégal fait face à une double transition démographique et épidémiologique.

« Le taux d’accroissement des personnes âgées de 3,7 %, dépasse celui de la population générale estimé à 2,7 %. En 25 ans, le Sénégal connaîtra un vieillissement que les pays développés ont vécu en un siècle », alerte-t-il.

Ce vieillissement s’accompagne d’une augmentation des maladies chroniques comme hypertension, diabète, cancer, maladies neurodégénératives entre autres qui mettent à rude épreuve un système de santé déjà fragilisé.

« Ces affections à soins coûteux pèsent lourdement sur les familles et sur le système de santé », note le professeur Koumé.

Protection sociale : Un chantier encore inachevé

Sur le plan social, la couverture reste insuffisante : seules 30 % des personnes âgées bénéficient d’une protection répartie entre l’IPRES et le Fonds national de retraite.

« Les 70 % restants n’ont aucune protection sociale même si le plan SESAM constitue un effort notable. Le gros du fardeau reste porté par les familles », souligne le Pr Koumé.

Il appelle à une stratégie nationale concertée impliquant institutions publiques, société civile et communautés locales.

« Le vieillissement n’est pas qu’un défi gouvernemental, c’est un défi national. Toutes les parties doivent s’engager pour construire une société plus inclusive et solidaire envers nos aînés ».

Former pour mieux soigner

Malgré la rareté des ressources humaines, le Sénégal fait figure de pionnier en Afrique francophone.

« Nous disposons de la première chaire de gériatrie et d’un diplôme d’études spécialisées créé en 2018. Chaque année, une dizaine de gériatres sont formés pour la sous-région », se réjouit le Pr Koumé.

Le ministère de la Santé prévoit d’ailleurs d’octroyer des bourses de formation pour encourager les jeunes médecins à embrasser cette spécialité d’avenir.

« L’espoir est réel. Les jeunes s’intéressent à la gériatrie, conscients qu’il s’agit d’une discipline d’avenir », conclut M. Koumé.

Vieillir en bonne santé : Une responsabilité collective

Ce premier congrès marque un tournant majeur.

Le Sénégal veut faire du vieillissement une opportunité humaine et sociale où l’expérience des aînés devient un levier pour inspirer la jeunesse.

Entre fragilité et ambition, un mot d’ordre émerge : vieillir en bonne santé ne doit plus être un privilège, mais une priorité nationale. Les acteurs de la santé appellent à transformer les réflexions en actions concrètes pour garantir aux aînés une vie digne et active.

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