
L’ouverture d’une nouvelle raffinerie d’huiles alimentaires au Sénégal, dans un contexte où le géant historique, la Sonacos, traverse une zone de fortes turbulences, soulève des interrogations légitimes sur la stratégie industrielle et la souveraineté nationale. Comment satisfaire les besoins en huiles alimentaires du pays en passant par l’importation d’huiles alimentaires brutes ou raffinées sans tuer la filière arachidière locale ?
Pourtant, plusieurs arguments plaident pour l’ouverture de l’usine MAVAMAR :
– Obsolescence contre Modernité : La Sonacos souffre de l’ancienneté de ses installations. Sa capacité de trituration réelle est souvent limitée. Une nouvelle raffinerie apporte une technologie plus efficiente, réduisant les coûts de transformation et les pertes.
– La fin du monopole de fait : La filière a besoin de capacités de transformation additionnelles. En 2025/2026, malgré les instructions gouvernementales demandant à la Sonacos d’acheter des volumes records (jusqu’à 450 000 tonnes), l’entreprise peine à mobiliser les financements et à réceptionner les graines à un rythme industriel fluide.
– Diversification des produits : Alors que la Sonacos est historiquement centrée sur l’huile d’arachide brute et raffinée, les nouveaux acteurs s’orientent souvent vers des huiles mixtes ou d’autres oléagineux, répondant à une demande du marché local largement dominée par les importations d’huile de palme ou de soja.
Quel avenir pour la filière arachide au Sénégal ?
L’avenir de la filière dépendra d’un changement de paradigme. Face au manque de compétitivité de l’huile d’arachide sur le marché local et des limites du modèle basé sur l’exportation massive de graines brutes (notamment vers la Chine) qui contribue à appauvrir le tissu industriel sénégalais, il est impératif de trouver des synergies entre la valorisation de l’arachide locale et la raffinerie d’huiles brutes ou le conditionnement d’huiles raffinées importées.
À défaut, la SONACOS exploiterait la branche de la filière la moins rentable en subissant les contrecoups d’un prix au producteur non compétitif tandis que MAVAMAR s’accaparerait de la vache à lait de la filière
Transformation locale obligatoire
L’Etat gagnerait à affiner sa politique industrielle en trouvant des synergies entre la transformation locale de l’arachide et l’importation d’huiles brutes ou raffinées.
Par exemple, Toute importation d’huile brute ou raffinée devra être adossée à une valorisation de l’arachide locale jusqu’à épuisement des stocks détenus par les producteurs sur la base d’un contrat de performance entre l’Etat et les industries de raffineries.
L’avenir passera par l’interdiction progressive ou la taxation dissuasive de l’exportation des graines brutes.
L’enjeu stratégique : Le capital étranger est-il un danger ?
C’est le point le plus sensible. Même si la libre entreprise est de mise au Sénégal, l’Etat pourrait inviter le capital indien à accompagner la filière arachidiere locale en augmentant les capacités de trituration et à moderniser l’outil industriel.
L’huile est un produit de première nécessité. Sa maîtrise est une question de sécurité nationale.
Cependant, l’investissement étranger apporte le capital et la technologie que l’État ou le secteur privé national peinent parfois à mobiliser. La solution réside dans un encadrement strict par l’État.
L’agonie de la Sonacos n’est pas une fatalité, mais le signe qu’un modèle s’essouffle. L’arrivée de nouveaux acteurs doit être vue comme un électrochoc nécessaire. Le défi du gouvernement est de réguler ce secteur pour que la « guerre des huiles » ne laisse pas les paysans et les consommateurs sur le carreau.




