
La bataille judiciaire autour de l’ancien ministre de la Jeunesse, Pape Malick Ndour, connaît un nouveau rebondissement. Selon les révélations du quotidien L’Observateur, la Chambre d’accusation du Pool judiciaire financier (PJF) a décidé, lors de son audience tenue hier, de renvoyer au 21 janvier prochain le délibéré relatif à l’appel du Procureur financier, qui réclame un mandat de dépôt contre l’ex-responsable du Programme des domaines agricoles communautaires (Prodac).
En cause : la nécessité, pour la Chambre, de disposer de l’intégralité du dossier d’instruction avant de se prononcer. Une exigence qui prolonge l’incertitude judiciaire pesant sur Pape Malick Ndour, placé sous bracelet électronique depuis le 7 novembre 2025, à la suite d’une décision du juge d’instruction Idrissa Diarra, décision pourtant contestée avec vigueur par le Parquet financier.
Le Parquet maintient la pression
D’après L’Observateur, le Procureur financier ne désarme pas. Déterminé à voir Pape Malick Ndour écroué, il a interjeté appel de l’ordonnance du juge d’instruction qui avait accordé à l’ancien ministre une liberté provisoire sous surveillance électronique. Le Parquet estime que cette mesure ne répond pas à la gravité des faits reprochés : association de malfaiteurs, escroquerie sur des deniers publics et blanchiment de capitaux, dans le cadre du dossier Prodac.
Près de deux mois après cet appel, la procédure a finalement été plaidée devant la Chambre d’accusation. Mais au moment où une décision était attendue, la juridiction a choisi de rabattre le délibéré, estimant indispensable d’examiner l’ensemble des pièces du dossier.
« Une autre forme de détention »
Contacté par L’Observateur, Me Antoine Mbengue, membre du pool d’avocats de la défense, a confirmé que ce renvoi est lié à l’absence de communication complète du dossier d’instruction. « Très souvent, le dossier d’appel est transmis en partie. Or, dans nos plaidoiries, plusieurs questions ont été soulevées. La Chambre d’accusation a donc voulu plus de lumière », explique l’avocat.
Pour la défense, l’acharnement du Parquet est difficilement compréhensible. « Le Procureur veut voir Pape Malick Ndour en prison, alors qu’il est déjà en prison chez lui », martèle Me Mbengue. Selon lui, le bracelet électronique constitue bel et bien une forme de détention, puisque son client est placé sous la surveillance de l’Administration pénitentiaire et ne peut quitter son domicile sans risquer la révocation immédiate de la mesure.
Un appel jugé « excessif » par la défense
Toujours selon L’Observateur, l’avocat dénonce une conception rigide de la détention de la part du Parquet. « Pour eux, tant que vous n’êtes pas derrière les barreaux, vous n’êtes pas détenu. C’est inadmissible dans un État de droit », s’insurge Me Mbengue, qui rappelle que son client s’est toujours présenté aux convocations judiciaires et a déjà été entendu sur le fond.
La défense considère ainsi que l’appel du Procureur financier relève davantage d’un « coup de tête » que d’une nécessité juridique, d’autant plus que Pape Malick Ndour n’a jamais cherché à se soustraire à la Justice.
Au cœur du dossier Prodac
L’affaire trouve son origine dans un rapport d’expertise comptable établi par le cabinet ADR, dirigé par Abdoulaye Dramé. Commandé en janvier 2025, ce rapport, cité par L’Observateur, met en évidence des irrégularités financières évaluées à 2,7 milliards de FCFA, ainsi que des retenues de garantie de 40 millions de FCFA concernant le Domaine agricole communautaire (DAC) de Séfa, dans la région de Sédhiou.
Ces révélations ont conduit le Procureur à étendre les poursuites à Pape Malick Ndour ainsi qu’à Khadim Bâ, Directeur général de Locafrique. Pour sa part, l’ancien coordonnateur du Prodac campe sur sa ligne de défense : il conteste vigoureusement les accusations et soutient n’avoir jamais eu la gestion des fonds aujourd’hui incriminés.
Verdict attendu le 21 janvier
Les regards sont désormais tournés vers le 21 janvier 2026, date à laquelle la Chambre d’accusation, après examen de l’intégralité du dossier, devra trancher : maintien du bracelet électronique ou placement sous mandat de dépôt.



