Éducation nationale : entre lenteurs administratives, rappels injustement taxés et crise syndicale , le désarroi des enseignants

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L’école sénégalaise traverse une zone de turbulence sans précédent. Derrière les salles de classe et les efforts quotidiens des enseignants se cache une profonde crise administrative et morale : rappels lourdement imposés, lenteurs administratives persistantes, absence d’accompagnement des écoles, et crise de représentativité syndicale. Tout cela révèle une réalité inquiétante : le système éducatif sénégalais peine à se moderniser et à rendre justice à ceux qui le font vivre.
Les rappels, un droit transformé en fardeau
Les rappels, censés corriger des injustices de carrière et rétablir les droits financiers des enseignants, sont aujourd’hui soumis à des suppositions extrêmes qui privent les bénéficiaires d’une partie importante de leurs dus.
Ce phénomène, injuste et récurrent, crée un profond sentiment de frustration. Beaucoup d’enseignants, après plusieurs années d’attente pour percevoir leurs rappels, voient les montants espérés drastiquement réduits par des retenues fiscales excessives.
C’est une situation moralement insupportable pour des travailleurs qui ont loyalement servi la Nation et qui ne demandent que la restitution intégrale de leurs droits.
Des lenteurs administratives qui minent le moral et la performance
L’administration scolaire sénégalaise souffre d’un mal chronique : la lenteur. Avancements, reclassements, titularisations, régularisations… tout prend un temps démesuré.
Ces lenteurs, parfois liées à la bureaucratie ou au manque de suivi, compromettent non seulement la motivation des enseignants, mais aussi la performance globale du système éducatif.
Il est urgent de moderniser le système administratif. Le Sénégal doit passer à une gestion numérique, transparente et traçable, où chaque enseignant peut suivre l’évolution de son dossier en temps réel.
Une réforme administrative ambitieuse s’impose pour rompre avec les pratiques du passé et instaurer une gouvernance efficace, équitable et responsable.
Le manque d’accompagnement de l’État envers les écoles
Sur le terrain, les enseignants font face à un manque criant d’accompagnement.
Les écoles manquent de matériel pédagogique, de moyens logistiques, et parfois même de conditions minimales de travail.
Des classes surchargées, des établissements non clôturés, des tables-bancs insuffisants : voilà le quotidien d’un système qui repose sur le dévouement de ses agents, mais qui les laisse souvent seuls face à la réalité.
L’État doit revoir sa stratégie d’investissement dans l’éducation. Il ne s’agit plus d’un simple appui matériel, mais d’une politique nationale de soutien durable aux établissements scolaires, aux enseignants et aux élèves.
Le cas des élections de représentativité syndicale : une question de justice
L’autre face de la crise éducative se trouve sur le terrain syndical. Les élections de représentativité de 2023 ont été marquées par des irrégularités flagrantes, poussant plusieurs organisations, dont le SELSA, à saisir la justice.
La Cour suprême, par son arrêt N°10/24 notifié par le décret N°43 CS/GC du 12 février 2024, référence affaires J/209/RG/23, a clairement reconnu les manquements et a décidé l’annulation des élections de représentativité syndicale.
Cet arrêt historique doit être accepté et appliqué par l’État, dans le respect des principes de la République et de la justice.
Fermer les yeux sur une telle décision reviendrait à nier l’existence même de l’État de droit. Le Sénégal ne peut bâtir un dialogue social sincère qu’en reconnaissant la légitimité des décisions de sa plus haute juridiction.
Pour une refondation courageuse du système éducatif
La crise actuelle n’est pas une fatalité, mais un appel à la refondation.
Refondation de la gouvernance administrative, du dialogue social, de la gestion des ressources humaines et du rapport de confiance entre l’État et ses enseignants.
Le SELSA réaffirme sa position : il est temps de bâtir un système éducatif équitable, transparent et moderne.
Un système où chaque enseignant se sent valorisé, où les décisions de justice sont respectées, et où l’école redevient un lieu d’espoir pour les enfants du Sénégal L’heure de vérité
Le temps des promesses est révolu. Les enseignants n’attendent pas des privilèges, mais la justice, la reconnaissance et la transparence.
L’État doit accepter la réalité de l’administration et se conformer au décret de la Cour suprême N°43 CS/GC du 12 février 2024, car c’est ainsi qu’il restaurera la confiance et la paix sociale dans le secteur éducatif.
L’avenir du pays dépend de l’école, et l’école dépend de la justice faite à ceux qui la servent.

Par Masse Sène
Président d’honneur de la Commission nationale des jeunes du SELSA
Secrétaire général chargé de la Formation et des NTIC / Kaolack

 

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