
Chers collègues, camarades de lutte,
Depuis novembre dernier, nous portons ensemble un combat de dignité. Dans les classes désertées, sur le goudron des marches nationales, et jusque dans l’intimité de nos foyers, nous avons fait preuve d’une résilience exemplaire. Ce combat, nous l’avons payé au prix fort.
Le prix fort, ce sont nos salaires sauvagement amputés. Depuis des mois, les ponctions drastiques exercées par le gouvernement ont plongé de nombreuses familles d’enseignants dans la précarité. Nous avons accepté ces sacrifices financiers, non par plaisir, mais avec la conviction que nos revendications nodales valaient ce prix : la défiscalisation des rappels, l’élargissement du périmètre du décret 2026-65 du 27/01/2026, la correction des iniquités salariales, le paiement de la double correction au CFEE, l’octroi d’indemnités aux enseignants des écoles franco-arabes et aux directeurs des Cases des Tout-petits, le paiement sans délai des rappels de validation, de reclassement et d’avancement et la revalorisation de la pension de retraite des enseignants décisionnaires…
Pourtant, le protocole d’accords qui vient d’être paraphé par une partie des syndicats sonne comme un désaveu de nos efforts. Comment peut-on justifier une signature qui ignore les points essentiels qui nous ont maintenus en grève pendant cinq mois ?
Le constat est amer :
* Sur la forme : On nous brandit l’argument de « l’année blanche » pour justifier une reddition. Pourtant, les annonces du Conseil des ministres du 19 novembre 2025 offraient déjà ce que nous avons aujourd’hui. Pourquoi avoir laissé nos salaires être ponctionnés pendant des mois supplémentaires pour n’obtenir aucune avancée nouvelle ?
* Sur le fond : La question des iniquités salariales reste entière. Le sort des enseignants décisionnaires dont la carrière est cynique et les pensions de retraite dérisoires, est renvoyé aux calendes grecques. La retraite à 65 ans, qui divise les enseignants, est rangée dans des perspectives.
L’engagement de délivrer des diplômes (CAP) aux sortants des CRFPE et de les immatriculer dès 2027 piétine le principe de l’ancienneté : la régularisation de tous les contractuels en service avant l’application de cette mesure est un préalable.
Par ailleurs, l’annonce d’une attribution de parcelles réservée exclusivement aux syndicats signataires du protocole d’accord non attributaires est une insulte à la liberté syndicale. Cette pratique s’apparente à une forme de corruption visant à ‘acheter’ la paix sociale en excluant ceux qui luttent pour la dignité de la fonction. L’accès au logement et au foncier est un droit pour chaque enseignant, quel que soit son appartenance syndicale.
Camarades, une année scolaire ne se sauve pas en sacrifiant la dignité de ceux qui la tiennent à bout de bras. Accepter ce protocole sans les garanties de défiscalisation des rappels et de correction des iniquités salariales, c’est valider le principe que le gouvernement peut ponctionner nos revenus sans jamais céder sur l’essentiel.
Nous ne pouvons pas laisser des mois de lutte et des sacrifices financiers massifs s’évaporer dans un accord de façade. La base doit se prononcer. La base doit exiger des comptes. On ne solde pas une lutte aussi profonde par une simple signature de circonstance.
Pour l’honneur de notre métier et pour l’avenir de nos carrières.
Luttons !
M. Papa Mbaye Marie SYLLA syndicaliste



